Votre candidature était très attendue, comment avez-vous traversé le
tourbillon que vous avez dû affronter jeudi?
C'était long. J'ai
reçu plus de 200?SMS de félicitations et j'ai tenté de répondre à chacun d'eux
jusqu'à minuit et demi.
Etes-vous satisfait des commentaires en Suisse
alémanique?
Globalement, l'écho était très positif. Mais je
reconnais volontiers mes faiblesses. Je n'ai pas fait le parcours classique.
Seulement, on ne peut pas être au four et au moulin; à Berne et à Lausanne.
Jusque-là, j'ai choisi de servir le canton de Vaud. La Constitution cantonale
interdit le cumul de ces mandats et c'est très bien ainsi. Cela dit, ne pas être
du sérail peut également être un avantage: car cela amène un éclairage nouveau.
Je suis une alternative aux autres candidats, tous issus du groupe
parlementaire.
Avez-vous aussi reçu des SMS de
parlementaires?
Oui. Mais seulement deux de la part de membres du
groupe PLR. C'est normal, cela dit. Je devrai encore les convaincre. Et, si je
suis élu, ce sont eux qui seront mes premiers relais. C'est très
important.
Il ne sera pas facile de convaincre votre groupe de
vous placer sur le ticket qui sera présenté à l'Assemblée
fédérale.
Il est toujours compliqué de savoir qui vous soutiendra
vraiment ou non. J'ai des soutiens, il m'est toutefois difficile de parler en
leur nom. Ce dont je veux parler, c'est de mon bilan, de mon projet, de mes
valeurs et de mon envie de servir mon pays.
Vous êtes pour un contact étroit avec le Parlement. Cela n'a pas
toujours été le fort de Pascal Couchepin...
Pour réussir des
arbitrages, il faut tendre la main. Dans sa biographie, l'ancien président
américain Bill Clinton raconte qu'il a téléphoné personnellement à tous les
membres du Congrès pour faire passer un projet. Je l'ai déjà fait à plusieurs
reprises dans mon canton. Si je suis élu au Conseil fédéral, je téléphonerai
aussi à tous les parlementaires s'il le faut. Au final, il faut décrocher la
majorité.
Vous n'êtes donc pas du genre à provoquer, puis à
observer les parties s'étriper, avant de vous poser en arbitre comme Pascal
Couchepin?
Disons que j'ai une méthode différente. Je suis un
pragmatique qui aime vulgariser, expliquer, convaincre en amont.
Le climat politique à Berne est autrement plus tendu que dans le
canton de Vaud...
Mais vous oubliez qu'entre 1998 et 2002 mon canton
se trouvait dans une guerre larvée permanente. Avec la nouvelle équipe au
Conseil d'Etat, nous avons réussi à apaiser les choses. Bien sûr, au Conseil
fédéral, il y a ceux qui freinent et ceux qui poussent. Il y a aussi les divas.
Mais, au bout du compte, il faut trouver un équilibre, et avancer vers
l'objectif.
Faut-il une grande réforme du Conseil
fédéral?
Le Conseil d'Etat vaudois, où je siège depuis plus de sept
ans, a eu la chance de pouvoir s'appuyer sur une réforme de la Constitution
cantonale. Mais le plus important, c'est la bonne dynamique de groupe. Ce sera
aussi le cas au Conseil fédéral. D'ici à deux ou trois ans, il y aura encore
d'autres départs: la nouvelle équipe devra être composée de réformateurs.
Les tentatives de réforme ont échoué, personne au Conseil fédéral
n'était prêt à abandonner un peu de pouvoir.
Je serai prêt à faire
des sacrifices. Je l'ai déjà fait dans le canton de Vaud, où, pour réaliser des
économies, j'ai accepté de perdre le Service immobilier et logistique au profit
de mon collègue Marthaler. Cela a permis de supprimer des doublons en le
fusionnant avec le Service des constructions. C'est avec ce genre d'approche
pragmatique que nous avons fait plus de 800 propositions d'économies.
Vous dites que le plus important est de convaincre. Vos connaissances
de l'allemand le permettront-elles?
Je suis des cours depuis trois
semaines et j'éprouve beaucoup de plaisir à m'y remettre. J'ai pris l'engagement
de pouvoir m'exprimer dans la langue de Goethe d'ici au mois de mars prochain.
Il faut me laisser ce temps. Je connais des gens qui parlent magnifiquement bien
l'allemand, mais qui sont incapables de comprendre les textes de
l'Administration fédérale, car il y a tout un vocabulaire technique à
maîtriser.
Si vous n'êtes pas élu, continuerez-vous vos leçons?
Je
compte bien poursuivre. Cela me sera toujours utile pour mes vieux jours.
Et si vous êtes élu, déménagerez-vous à Berne?
Je me
chercherai un logement à Berne. Mais je garderai aussi ma maison à Sainte-Croix
pour le week-end.
Votre épouse ainsi que votre fils de 5 ans vous
suivraient-ils?
Je ne le sais pas encore. De toute façon, il est
prématuré d'avoir ce genre de discussion avec ma famille. Tout est encore très
hypothétique.
A cause de Fulvio Pelli, qui n'est pas candidat,
mais dont beaucoup disent qu'il sera élu? Auriez-vous renoncé s'il s'était
présenté?
Pas du tout, c'est Christian Lüscher et Didier Burkhalter
qui ont dit ça. J'encourage même Fulvio Pelli à faire acte de candidature. Mais
dans le délai fixé par le parti, c'est-à-dire d'ici à lundi. Car les règles
doivent être les mêmes pour tout le monde.
Vous passez votre week-end à Locarno. En profiterez-vous pour le
voir, Fulvio Pelli?
Non, ni personne d'autre. Et je n'ai pas non
plus consulté le président du PLR Suisse avant de me porter candidat au Conseil
fédéral. Je suis au festival à titre privé. J'y viens depuis quinze ans avec des
amis. C'est une tradition.
Le président du PDC dit que, dans un autre canton, vous seriez
PDC.
Je suis et je reste radical réformateur. La confrontation
sociale n'est jamais bonne pour l'économie.
Quelles sont les grandes réformes à entreprendre?
En
vingt ans, les Suisses ont gagné huit ans de vie. Et la mobilité a augmenté de
façon spectaculaire. Dans le pays et au niveau international. Le Conseil fédéral
devra trouver des réponses aux questions que cela pose. En même temps, il faudra
favoriser la création de richesses de façon diversifiée. Mon petit bout de terre
abrite en ce moment deux projets magnifiques, Solar Impulse et Alinghi. Des
centaines d'entreprises de la région y contribuent.
Votre vision de l'homme politique idéal?
J'aime les gens
qui, comme mes collègues Jean-Claude Mermoud ou Jacqueline Maurer, travaillent
sur le long terme. Un peu à l'image du petit berger en transhumance d'un conte
provençal. Ce berger, qui travaillait pour la communauté, choisissait chaque
jour avec le plus grand soin la plus belle des graines. Et il la plantait, de
façon désintéressée. Trente ans plus tard, tous les voyageurs de passage
s'émerveillaient et se demandaient qui avait bien pu planter cette fabuleuse
forêt de PASCAL BROULIS
| Du tac au tac
On dit que vous êtes trop à gauche... L'Etat doit-il financer les écoles
privées? |