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Edition du 20.08.2009 > Actuels > Suisse > Qui est vraiment Pascal Broulis?


Qui est vraiment Pascal Broulis?

Par Chantal Tauxe

CONSEIL FÉDÉRAL. Le président du Conseil d’Etat vaudois fait de la politique depuis l’âge de 20 ans, mais les grands électeurs de l’Assemblée fédérale le connaissent peu. Portrait de l’inconnu le plus célèbre de la succession Couchepin.
 

«Si vous voulez voir Pascal Broulis, vous le trouverez le samedi matin vers 11 heures, pendu à son téléphone, au rayon salades d’une grande surface de Sainte-Croix. Comme il n’arrive pas à abandonner une conversation même quand il fait les courses, il s’isole par souci de discrétion dans ce coin du magasin, où les autres clients ne s’attardent pas à cause de la température plus fraîche.» Ce conseil est à peine une boutade d’un autre éminent Sainte-Crix, Eric Hoesli, directeur éditorial des publications d’Edipresse.
L’anecdote renseigne sur trois points. Malgré ses hautes fonctions de président du Conseil d’Etat vaudois, ce père de famille s’occupe des courses le samedi, ce qui rassurera les féministes. Il adore son téléphone portable, dont il fait un usage immodéré. Il est un homme de contact, toujours en train de consulter, d’échanger, de prévenir.

De Périclès à Ruchonnet. Mais encore? Né à Sainte-Croix en 1965, il est le fils d’un immigré grec. Il possède d’ailleurs depuis peu un passeport grec, mais maîtrise mal la langue, malgré les contacts qu’il entretient avec les Broulis de Nauplie, une famille de notables très en vue. Il est féru d’histoire antique, dont il tire son amour des institutions. Il place Périclès, l’homme d’Etat athénien, comme les conseillers fédéraux Druey et Ruchonnet, dans ses figures de référence. Pour lui, il y a d’ailleurs un lien évident entre la démocratie athénienne et la Landsgemeinde helvétique.
Par sa mère, il est issu d’une lignée de huguenots présente dans le Pays de Vaud depuis le XVIe siècle. Il ne se sent pas l’âme d’un secundo, puisque né en Suisse, mais est viscéralement allergique à la xénophobie.
Sa femme, physiothérapeute, est d’origine hollandaise. Elle parle quatre dialectes alémaniques pour avoir travaillé outre-Sarine. Ils se sont connus à l’Hôpital orthopédique de Lausanne, après un accident de ski. Et sont tombés amoureux à Locarno, lors du festival, a-t-il confié à 24 heures. Ils ont un jeune fils, prénommé Alexandre.

L’affaire des fonds en déshérence. Côté professionnel, son CV est atypique pour un prétendant au Conseil fédéral. Il n’a pas de formation universitaire, mais un brevet d’expert-comptable et de réviseur. Avant de devenir conseiller d’Etat, il a occupé un poste de directeur adjoint à la BCV.
A ce titre, il s’est notamment occupé de l’affaire des fonds en déshérence. Une expérience qui le rend critique sur la manière naïve dont la Suisse négocie avec les Etats-Unis. «Avec les Américains, on ne négocie pas comme avec les Européens. C’est un autre jeu, basé sur l’argent.»
Ce politicien bien ancré dans son terroir adore voyager et a sillonné pas mal de pays dès ses 16 ans. En car, InterRail en poche, accompagné d’amis (le Proche-Orient, l’Europe, le Mexique…).
Sa position de président du Conseil d’Etat d’un canton qui abrite le Comité international olympique, des fédérations sportives internationales, la Fondation Jean Monnet et deux hautes écoles, lui a permis de constituer un précieux réseau de contacts internationaux ou européens.

Un Spirou pour Geremek. C’est un amateur de bandes dessinées, fan du petit ours Petzi dans son jeune âge. L’an dernier, quelques semaines avant la mort de l’ancien ministre polonais et député européen Bronislaw Geremek, le Vaudois lui avait offert un album de Spirou (découvrant un complot d’annexion de la Pologne). Une façon élégante et personnelle de le remercier de sa participation à un débat.
En 2006, il a publié Le petit Broulis illustré, son credo politique décliné avec les 26 lettres de l’alphabet, agrémenté des dessins facétieux de Sen. Une manière ludique de découvrir son profil politique et même sa fibre verte.
Pascal Broulis y brocardait à la lettre Y les esprits «yakafaucon » qui négligent la complexité du monde et se fichent des conséquences concrètes. A la lettre C, il ne parlait pas du Conseil fédéral mais de «croissance économique». Sous la lettre G, il s’attachait toutefois au gouvernement, terminant ainsi: «Certains prétendent que la collégialité ne permet pas de réaliser des réformes fondamentales et qu’elle manque de panache. Or, les réformes spectaculaires constituent rarement des réussites et on ne demande pas à un instrument d’avoir du panache, mais plutôt de l’efficacité. »
Vrai que le bonhomme s’est toujours donné les moyens d’arriver à ses fins, même si sa politique des «petits pas», qu’il vante désormais dans ses interviews de candidat au Conseil fédéral, peut sembler laborieuse.
Sa conquête du pouvoir a été lente, finement préparée au fil des ans. Elu au Grand Conseil en 1989, Pascal Broulis est devenu conseiller d’Etat en 2002; il le préside depuis 2007. Comment un politicien qui a su si bien s’imposer dans son canton, au point de réaliser le score exceptionnel de 92 200 voix lors du dernier renouvellement du gouvernement (ce qui fait de lui le meilleur élu romand de tous les temps), a-t-il pu paraître si peu prêt à briguer la succession Couchepin (jusqu’à négliger de mettre à niveau son allemand)?
Ce vendredi 12 juin, lorsqu’il a appris l’annonce officielle de la démission du Valaisan, Pascal Broulis avoue avoir pensé que ce départ survenait trop tôt. Et pas seulement par admiration pour le grand Pascal.

Une présidence comme tremplin. Celui qui veut devenir conseiller fédéral doit y penser tous les matins en se rasant, dit un adage très à la mode chez les commentateurs politiques du pays. Comprendre donc que celui qui n’a pas cette ambition forcenée n’y arrivera pas. A la question de savoir à quoi il pense aux aurores devant son miroir, Pascal Broulis répond sur son site internet personnel (surtout conçu en vue des élections cantonales de 2007, mais rafraîchi il y a quelques jours): «A la vie, à ses joies, à ses peines.» Joliment candide, mais authentiquement sincère: le candidat vaudois n’a pas construit toute sa carrière dans le but de devenir conseiller fédéral.
Ou plus précisément, il pensait avoir le temps. Il avait même un plan pour accroître sa visibilité sur la scène fédérale. Devenir à la fin de 2009 président de la Conférence des gouvernements cantonaux, ce poste qu’a occupé par exemple le conseiller d’Etat tessinois Luigi Pedrazzini, autre papable, mais PDC, évoqué ces dernières semaines.

Devoirs estivaux. Et puis, si Pascal Broulis a pris son temps pour se déclarer candidat, c’est aussi parce qu’il n’avait pas que cela à faire.
On l’a un peu oublié dans l’empressement médiatique à distinguer en primeur une fumée blanche, mais, contrairement aux postulants parlementaires, le président du troisième plus grand canton suisse a quelques autres devoirs: préparer comme chaque été le projet de budget cantonal à l’intention de ses collègues; gérer le Département des finances, et continuer à présider, puisque cette tâche lui est dévolue, innovation de la nouvelle Constitution vaudoise de 2003, pour toute la législature qui dure cinq ans.
Sans compter un passage au Festival de Locarno avec les amis. Un rituel privé auquel il ne déroge pour rien au monde.
Le voici donc candidat pour six semaines. Mais pas pour faire de la figuration, jouer les utilités, servir de faire-valoir à un messie providentiel d’avant-dernière minute. Pascal Broulis sera à disposition de l’Assemblée fédérale jusqu’au jour de l’élection.
Pour l’heure, il concentre sa campagne sur les 47 parlementaires du groupe libéral-radical afin d’obtenir une place sur le ticket officiel. Il a déployé tous ses réseaux pour se faire connaître: parlementaires influents, anciens et nouveaux, hauts fonctionnaires vaudois bien introduits en Suisse alémanique… Il ne veut pas citer de noms par prudence tactique.
S’il ne devait finalement pas être investi par le groupe parlementaire, Pascal Broulis, très combatif, affirme qu’il restera candidat jusqu’au bout et se fâche à l’idée que l’on puisse qualifier sa démarche de «sauvage». L’histoire du Conseil fédéral regorge d’élus non officiels…. et de favoris éconduits.
Il n’a pas l’expérience du Parlement fédéral? Le reproche devient agaçant. La Constitution cantonale interdit le double mandat. «On ne peut pas tout faire en même temps, sinon on bâcle: je me suis d’abord employé à résoudre les difficultés du canton, puis à l’ouvrir sur l’extérieur.» (En multipliant les relations intercantonales et transfrontalières, longtemps négligées par les Vaudois.)
Et puis, s’il ne siège pas à Berne, Pascal Broulis n’est pas dénué de savoir-faire sous la Coupole. Grâce à ses contacts privilégiés avec Hans-Rudolf Merz, il est parvenu à tuer les velléités de fiscaliser les fédérations sportives internationales, dont la plupart à l’instar du CIO, sont domiciliées dans le canton de Vaud.

L’adieu aux déficits. Son bilan, ses compétences, sa méthode de gouvernement, justement, sont ses meilleurs atouts dans la campagne.
Pascal Broulis a redressé les finances cantonales, qui étaient, au tournant du XXIe siècle, la risée de la Confédération. Il a mis fin à quinze ans de déficit. La dette a fondu de près de 9 milliards de francs à moins de 3, retrouvant son niveau de 1992. Et pas que par la magie des bénéfices tirés des ventes d’or de la BNS redistribués aux cantons (1 milliard pour Vaud). Il a proposé 800 mesures d’économies, dont 700 sont entrées en vigueur.
L’effort de tout un collège gouvernemental, tient à souligner le ministre des Finances qui a introduit dans les séances du Conseil d’Etat une sorte de «minute œcuménique», explique-t-il, pour parler d’argent, de dette, de taux d’intérêt, de cours du franc suisse,…
On aurait tort pourtant de croire que cet expert-comptable n’est qu’un ministre des Finances, obsédé par les chiffres noirs. Derrière ceux-ci, qu’il manie avec une virtuosité presque amusée, Pascal Broulis aime voir les politiques publiques que leur maîtrise permet de développer. L’orthodoxie budgétaire qu’il a instaurée a ainsi permis l’éclosion du M2 (métro lausannois inauguré il y a un an), cette infrastructure dont tout le monde se félicite maintenant, mais dont le financement était compromis à son arrivée au gouvernement, puis le maintien de politiques sociales et éducatives nécessaires à la cohésion et au développement économique du canton (comme par exemple les allocations familiales pour chaque enfant) et, enfin, une baisse de la fiscalité de 100 millions de francs en faveur des familles et des entreprises.
Au moment de rappeler son bilan, le président candidat ne cesse toutefois d’employer le «nous» et d’évoquer la bonne collaboration instaurée avec ses collègues. Plus qu’un signe d’humilité, il faut y voir sa foi dans les vertus de la collégialité et de la concertation.

L’influence de Sainte-Croix. Né à Sainte-Croix, dans le nordouest du canton au tissu industriel et longtemps sinistré, Pascal Broulis est imprégné d’une culture de dialogue, de responsabilité et de solidarité, caractéristique de la région. Eric Hoesli parle des socialistes du cru comme d’une «gauche exportatrice », ouverte sur le monde, soucieuse de l’état des carnets de commandes, comme le sont les ouvriers d’usine vendant leurs produits à l’étranger. Fils d’un ouvrier de chez Hermes Precisa, le radical a fait ses classes dans ce biotope politique pragmatique, non dogmatique. Son positionnement centriste, son goût de la synthèse et des équilibres, sa manière de faire de la politique orientée vers la solution, détestant l’idéologie ou les coups de force, viennent de là.
«C’est ce que j’apprécie chez lui, il ne crée pas un pseudo-dialogue pour essayer d’endormir l’opposition ou noyer le poisson ou gagner du temps, explique Dominique Freymond, consultant d’origine vaudoise, établi en Suisse alémanique, et administrateur de La Poste. Il écoute, se renseigne, prend la température, mais dans le but ensuite d’agir, de décider et d’oeuvrer en fonction de ses convictions.»

Un Levantin. Consensuel jusqu’à la mollesse? Pascal Broulis peut aussi piquer une bonne colère, parfois même la feindre, «faire du théâtre», comme dit un membre de son entourage, pour imposer ses vues. Récemment, la Commission de gestion du Grand Conseil s’est plainte de son «autoritarisme». Un conseiller national romand de son camp, qui préfère rester anonyme, est plus catégorique: «C’est un Levantin. Chez lui tout est négociable.»
Apparemment rond et aimable, mais aussi joueur, habile et, si nécessaire, tueur, comme on le dit d’un animal politique.
Avec ses collègues de gouvernement, Pascal Broulis pratique donc un savant mélange de fermeté et de dialogue, l’art de forger un accord et de s’y tenir.
Les fonctionnaires vaudois en savent quelque chose: malgré les manifestations et des revendications corporatistes bruyamment relayées, le Conseil d’Etat a tenu bon sur la révision de leur échelle salariale. La réforme avait notamment pour but de revaloriser les petits salaires de la fonction publique et de remettre de l’ordre dans les avantages acquis par les plus favorisés.

Un boulimique de l’intercantonal. Chef du Département des finances et des relations extérieures, le radical s’est attaché à développer les contacts intercantonaux et transfrontaliers. Une vraie boulimie de la part de ce farouche fédéraliste.
L’accord passé ce printemps avec Genève pour le financement des infrastructures communes (troisième voie CFF, aéroport…) n’est que la pointe de l’iceberg. Ou plutôt la pointe d’une pyramide construite depuis plus de dix ans, comme le rappelle Dominique Freymond: «A l’époque où j’étais chancelier de l’Etat de Vaud, Pascal Broulis, député, m’a beaucoup impressionné par ses initiatives pour créer des échanges entre parlementaires cantonaux en Suisse romande. Il a su développer un dialogue intercantonal au niveau des Grands Conseils (ndlr: le FIR-Forum interparlemenaire romand, fondé en 1998 avec une certaine Micheline Calmy-Rey), montrant déjà sa capacité à rassembler des personnalités d’horizons et d’opinions différents en vue du bien commun. Une des forces de Pascal Broulis est de ne pas perdre de vue le but idéal à atteindre selon ses convictions et valeurs politiques mais, en même temps, de savoir créer un climat de dialogue et de collaboration constructive parmi toutes les parties prenantes.»
Actuellement, il préside la Conférence des directeurs des finances des cantons romands, de Berne et du Tessin. Il est également le président du Conseil du Léman et de la Conférence transjurassienne, deux organismes transfrontaliers qu’il a dynamisés. Car son appétit de contacts extra-muros ne s’arrête pas aux conférences intercantonales. Ce passionné d’architecture a, par exemple, emmené en début d’année le Conseil d’Etat visiter le campus de Novartis à Bâle. A la rentrée automnale 2008, le Gouvernement vaudois est venu siéger à la Maison des cantons à Berne. Tout un symbole. «C’est un Vaudois qui a prouvé sa capacité à s’extraire des frontières et pour qui son canton n’est pas une finalité. Sa candidature est de grande valeur pour toute la Suisse romande», apprécie le conseiller d’Etat radical genevois François Longchamp.
«Mentalement, il est prêt à passer à l’échelon supérieur», résume Olivier Meuwly, historien du radicalisme, qui occupe aussi un poste dans l’état-major de son département.

Le coup des réformateurs. En fait, Pascal Broulis aimerait rééditer au niveau suisse l’aventure vécue dès 2002 au Gouvernement vaudois, celle d’une équipe de réformateurs, renouvelée par l’arrivée de nouveaux élus.
Pour quoi faire exactement? Redessiner les départements, comme le souhaite vivement le Parlement. Cela implique des ministres disposés à perdre de leurs prérogatives sur l’autel d’une meilleure efficacité. Plus simple à réaliser par des conseillers fédéraux fraîchement arrivés que par des ministres installés de longue date. Dans le canton de Vaud, la démarche, appelée «Duplo» et renouvelée à chaque début de législature et changement de titulaire de département si nécessaire, a fait ses preuves. Eliminations de doublons, affectations des ressources ainsi économisées à de nouvelles tâches plus en phase avec les besoins.

Un vrai programme de législature. Pascal Broulis veut aussi transformer le programme de législature du Conseil fédéral en un instrument «plus contraignant ». Pour l’heure, il s’agit d’un lénifiant catalogue de bonnes intentions et de projets en cours dans les départements dont les Chambres prennent acte. Le radical propose, sur le modèle vaudois, de fixer des priorités et d’accompagner les propositions concrètes d’une planification financière, d’assurer un reporting régulier des mesures réalisées ou pas. L’action gouvernementale y gagne en visibilité et en lisibilité: «Il faut expliquer ce que l’on a fait ou pourquoi d’autres choses n’ont pu être réalisées.» Un programme de législature contraignant est aussi un outil de collégialité. Négocié et signé par les sept membres, et pas imposé par la majorité à la minorité, il lie et solidarise les ministres.
Au chapitre des réformes vaudoises exportables au Palais fédéral, Pascal Broulis ajoute la présidence confiée par le collège à un seul de ses membres pour la législature. Une nécessité dictée par les besoins de politique extérieure. Les interlocuteurs de la Suisse ne savent parfois pas à qui parler. Un président permanent du Conseil fédéral (pour deux ou trois ans, imagine-t-il) pourrait mieux coordonner et déléguer sans perdre la vision d’ensemble. Il donne quelques exemples récents où la présidence de longue durée eût été opportune: dans les relations avec l’Union européenne; dans l’affaire Kadhafi; dans la crise de l’UBS; dans les relations avec les cantons. Politicien par passion et gourmandise de la chose publique, Pascal Broulis dit qu’il serait à l’aise dans n’importe quel département. Il conservera ses compétences de ministre des Finances pour le jour où la Suisse voudra, devra, moderniser sa fiscalité. Il plaide la diversité des impôts, une assiette fiscale large, mais aussi une meilleure prise en compte de la mobilité croissante des contribuables, donc un recours aux impôts indirects (là où les gens consomment des prestations). Ce fédéraliste cite par exemple un système de taux de TVA additionnels perçus par certains Etats canadiens.

Le défi des nouvelles solidarités. Mais il reprendrait le Département de l’intérieur pour la beauté du défi: reforger les bases de la solidarité sociale entre les générations. Un problème qui le captive puisqu’il le vit déjà à l’échelle cantonale. Lorsqu’il évoque l’augmentation de l’espérance de vie, il cite le généticien Albert Jacquard, la perspective de vivre jusqu’à 120 ans. Comment trouver les moyens? Pascal Broulis veut rouvrir le débat sur la durée de cotisations nécessaire à l’octroi d’une rente AVS pleine, une idée naguère rejetée par le Parlement.

Santé et richesse. Côté assurance maladie, ce pragmatique pédagogue rappelle que le secteur de la santé pèse 60 milliards de francs, c’est plus que le budget de la Confédération. «On ne baissera pas les coûts de la santé, mais on peut rationaliser, pas rationner, préciset-il. Il faut apprécier le secteur de la santé comme un vecteur économique. Derrière le coût des EMS, il faut aussi voir les salaires versés, la création de richesse. Et puis, il faut considérer les primes d’assurance maladie comme une sorte d‘impôt de solidarité entre les bien portants et les malades.»
Lorsqu’on lui demande ce qu’il rêve de faire au niveau fédéral qu’il ne puisse réaliser au niveau cantonal, Pascal Broulis évoque le soutien aux hautes écoles, dans la lignée des politiques menées en la matière par Pascal Couchepin. Le Vaudois a sous les yeux l’EPFL et l’Unil, deux «vaisseaux amiraux» de la formation dont il connaît l’extraordinaire dynamisme et le potentiel de développement.
Enfin, cet amoureux de théâtre qui va chaque année au Festival d’Avignon se verrait bien en ministre de la Culture.
En matière de politique étrangère, ce ministre participant régulièrement aux activités de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe, sise à Lausanne, est un Européen de cœur, convaincu des vertus de l’ouverture. Mais le candidat, soudain moins courageux, refuse de préciser sa position au-delà du pieux soutien aux accords bilatéraux. Homme de l’économie, pas dupe d’attaques mues plus par la concurrence que par la morale, il relativise l’isolement de la Suisse mais indique qu’en termes d’image, il y aura un «gros travail de reconquête à entreprendre».

Pas d’amis, pas d’ennemis. Quelles sont ses chances devant l’Assemblée fédérale? Si les grands électeurs veulent de la nouveauté, il est le plus rafraîchissant des candidats, tout en bénéficiant d’une solide expérience d’éxécutif.
Une conseillère nationale libérale-radicale alémanique le souligne: «Son seul handicap est son manque de réseau à Berne. Mais cela peut être aussi un avantage. Pas d’amis. Pas d’ennemis non plus.»
L’influent entrepreneur Otto Ineichen, conseiller national (PLR/LU) est louangeur: «J’ai une haute opinion de lui. Un homme de l’économie, de la banque. Je suis impressionné par le fait qu’il ait quitté une carrière dans la banque pour faire de la politique.»
On saura exactement le 16 septembre jusqu’où.

COLLABORATION MICHEL GUILLAUME


PROFIL
1965 Naissance à Sainte-Croix, le 3 avril.
1983 Première élection au Conseil communal (législatif).
1987 Election au Grand Conseil, plus jeune député du canton.
2002 Election au Conseil d’Etat.
2007 Brillamment réélu, il est désigné par ses pairs président du Conseil d’Etat vaudois pour cinq ans.

 

Mot-clés : Pascal Broulis, Conseil fédéral, politique,

 


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