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| Qui est vraiment
Pascal Broulis?
Par Chantal
Tauxe CONSEIL FÉDÉRAL. Le
président du Conseil d’Etat vaudois fait de la
politique depuis l’âge de 20 ans, mais les grands
électeurs de l’Assemblée fédérale le connaissent
peu. Portrait de l’inconnu le plus célèbre de la
succession
Couchepin.
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«Si vous voulez voir Pascal Broulis, vous le
trouverez le samedi matin vers 11 heures, pendu à son
téléphone, au rayon salades d’une grande surface de
Sainte-Croix. Comme il n’arrive pas à abandonner une
conversation même quand il fait les courses, il s’isole
par souci de discrétion dans ce coin du magasin, où les
autres clients ne s’attardent pas à cause de la
température plus fraîche.» Ce conseil est à peine une
boutade d’un autre éminent Sainte-Crix, Eric Hoesli,
directeur éditorial des publications
d’Edipresse. L’anecdote renseigne sur trois points.
Malgré ses hautes fonctions de président du Conseil
d’Etat vaudois, ce père de famille s’occupe des courses
le samedi, ce qui rassurera les féministes. Il adore son
téléphone portable, dont il fait un usage immodéré. Il
est un homme de contact, toujours en train de consulter,
d’échanger, de prévenir.
De Périclès à
Ruchonnet. Mais encore? Né à Sainte-Croix en
1965, il est le fils d’un immigré grec. Il possède
d’ailleurs depuis peu un passeport grec, mais maîtrise
mal la langue, malgré les contacts qu’il entretient avec
les Broulis de Nauplie, une famille de notables très en
vue. Il est féru d’histoire antique, dont il tire son
amour des institutions. Il place Périclès, l’homme
d’Etat athénien, comme les conseillers fédéraux Druey et
Ruchonnet, dans ses figures de référence. Pour lui, il y
a d’ailleurs un lien évident entre la démocratie
athénienne et la Landsgemeinde helvétique. Par sa
mère, il est issu d’une lignée de huguenots présente
dans le Pays de Vaud depuis le XVIe siècle. Il ne se
sent pas l’âme d’un secundo, puisque né en Suisse, mais
est viscéralement allergique à la xénophobie. Sa
femme, physiothérapeute, est d’origine hollandaise. Elle
parle quatre dialectes alémaniques pour avoir travaillé
outre-Sarine. Ils se sont connus à l’Hôpital
orthopédique de Lausanne, après un accident de ski. Et
sont tombés amoureux à Locarno, lors du festival, a-t-il
confié à 24 heures. Ils ont un jeune fils, prénommé
Alexandre.
L’affaire des fonds en
déshérence. Côté professionnel, son CV est
atypique pour un prétendant au Conseil fédéral. Il n’a
pas de formation universitaire, mais un brevet
d’expert-comptable et de réviseur. Avant de devenir
conseiller d’Etat, il a occupé un poste de directeur
adjoint à la BCV. A ce titre, il s’est notamment
occupé de l’affaire des fonds en déshérence. Une
expérience qui le rend critique sur la manière naïve
dont la Suisse négocie avec les Etats-Unis. «Avec les
Américains, on ne négocie pas comme avec les Européens.
C’est un autre jeu, basé sur l’argent.» Ce politicien
bien ancré dans son terroir adore voyager et a sillonné
pas mal de pays dès ses 16 ans. En car, InterRail en
poche, accompagné d’amis (le Proche-Orient, l’Europe, le
Mexique…). Sa position de président du Conseil d’Etat
d’un canton qui abrite le Comité international
olympique, des fédérations sportives internationales, la
Fondation Jean Monnet et deux hautes écoles, lui a
permis de constituer un précieux réseau de contacts
internationaux ou européens.
Un Spirou
pour Geremek. C’est un amateur de bandes
dessinées, fan du petit ours Petzi dans son jeune âge.
L’an dernier, quelques semaines avant la mort de
l’ancien ministre polonais et député européen Bronislaw
Geremek, le Vaudois lui avait offert un album de Spirou
(découvrant un complot d’annexion de la Pologne). Une
façon élégante et personnelle de le remercier de sa
participation à un débat. En 2006, il a publié Le
petit Broulis illustré, son credo politique décliné avec
les 26 lettres de l’alphabet, agrémenté des dessins
facétieux de Sen. Une manière ludique de découvrir son
profil politique et même sa fibre verte. Pascal
Broulis y brocardait à la lettre Y les esprits
«yakafaucon » qui négligent la complexité du monde et se
fichent des conséquences concrètes. A la lettre C, il ne
parlait pas du Conseil fédéral mais de «croissance
économique». Sous la lettre G, il s’attachait toutefois
au gouvernement, terminant ainsi: «Certains prétendent
que la collégialité ne permet pas de réaliser des
réformes fondamentales et qu’elle manque de panache. Or,
les réformes spectaculaires constituent rarement des
réussites et on ne demande pas à un instrument d’avoir
du panache, mais plutôt de l’efficacité. » Vrai que
le bonhomme s’est toujours donné les moyens d’arriver à
ses fins, même si sa politique des «petits pas», qu’il
vante désormais dans ses interviews de candidat au
Conseil fédéral, peut sembler laborieuse. Sa conquête
du pouvoir a été lente, finement préparée au fil des
ans. Elu au Grand Conseil en 1989, Pascal Broulis est
devenu conseiller d’Etat en 2002; il le préside depuis
2007. Comment un politicien qui a su si bien s’imposer
dans son canton, au point de réaliser le score
exceptionnel de 92 200 voix lors du dernier
renouvellement du gouvernement (ce qui fait de lui le
meilleur élu romand de tous les temps), a-t-il pu
paraître si peu prêt à briguer la succession Couchepin
(jusqu’à négliger de mettre à niveau son
allemand)? Ce vendredi 12 juin, lorsqu’il a appris
l’annonce officielle de la démission du Valaisan, Pascal
Broulis avoue avoir pensé que ce départ survenait trop
tôt. Et pas seulement par admiration pour le grand
Pascal.
Une présidence comme
tremplin. Celui qui veut devenir conseiller
fédéral doit y penser tous les matins en se rasant, dit
un adage très à la mode chez les commentateurs
politiques du pays. Comprendre donc que celui qui n’a
pas cette ambition forcenée n’y arrivera pas. A la
question de savoir à quoi il pense aux aurores devant
son miroir, Pascal Broulis répond sur son site internet
personnel (surtout conçu en vue des élections cantonales
de 2007, mais rafraîchi il y a quelques jours): «A la
vie, à ses joies, à ses peines.» Joliment candide, mais
authentiquement sincère: le candidat vaudois n’a pas
construit toute sa carrière dans le but de devenir
conseiller fédéral. Ou plus précisément, il pensait
avoir le temps. Il avait même un plan pour accroître sa
visibilité sur la scène fédérale. Devenir à la fin de
2009 président de la Conférence des gouvernements
cantonaux, ce poste qu’a occupé par exemple le
conseiller d’Etat tessinois Luigi Pedrazzini, autre
papable, mais PDC, évoqué ces dernières
semaines.
Devoirs estivaux. Et
puis, si Pascal Broulis a pris son temps pour se
déclarer candidat, c’est aussi parce qu’il n’avait pas
que cela à faire. On l’a un peu oublié dans
l’empressement médiatique à distinguer en primeur une
fumée blanche, mais, contrairement aux postulants
parlementaires, le président du troisième plus grand
canton suisse a quelques autres devoirs: préparer comme
chaque été le projet de budget cantonal à l’intention de
ses collègues; gérer le Département des finances, et
continuer à présider, puisque cette tâche lui est
dévolue, innovation de la nouvelle Constitution vaudoise
de 2003, pour toute la législature qui dure cinq
ans. Sans compter un passage au Festival de Locarno
avec les amis. Un rituel privé auquel il ne déroge pour
rien au monde. Le voici donc candidat pour six
semaines. Mais pas pour faire de la figuration, jouer
les utilités, servir de faire-valoir à un messie
providentiel d’avant-dernière minute. Pascal Broulis
sera à disposition de l’Assemblée fédérale jusqu’au jour
de l’élection. Pour l’heure, il concentre sa campagne
sur les 47 parlementaires du groupe libéral-radical afin
d’obtenir une place sur le ticket officiel. Il a déployé
tous ses réseaux pour se faire connaître: parlementaires
influents, anciens et nouveaux, hauts fonctionnaires
vaudois bien introduits en Suisse alémanique… Il ne veut
pas citer de noms par prudence tactique. S’il ne
devait finalement pas être investi par le groupe
parlementaire, Pascal Broulis, très combatif, affirme
qu’il restera candidat jusqu’au bout et se fâche à
l’idée que l’on puisse qualifier sa démarche de
«sauvage». L’histoire du Conseil fédéral regorge d’élus
non officiels…. et de favoris éconduits. Il n’a pas
l’expérience du Parlement fédéral? Le reproche devient
agaçant. La Constitution cantonale interdit le double
mandat. «On ne peut pas tout faire en même temps, sinon
on bâcle: je me suis d’abord employé à résoudre les
difficultés du canton, puis à l’ouvrir sur l’extérieur.»
(En multipliant les relations intercantonales et
transfrontalières, longtemps négligées par les
Vaudois.) Et puis, s’il ne siège pas à Berne, Pascal
Broulis n’est pas dénué de savoir-faire sous la Coupole.
Grâce à ses contacts privilégiés avec Hans-Rudolf Merz,
il est parvenu à tuer les velléités de fiscaliser les
fédérations sportives internationales, dont la plupart à
l’instar du CIO, sont domiciliées dans le canton de
Vaud.
L’adieu aux déficits. Son
bilan, ses compétences, sa méthode de gouvernement,
justement, sont ses meilleurs atouts dans la
campagne. Pascal Broulis a redressé les finances
cantonales, qui étaient, au tournant du XXIe siècle, la
risée de la Confédération. Il a mis fin à quinze ans de
déficit. La dette a fondu de près de 9 milliards de
francs à moins de 3, retrouvant son niveau de 1992. Et
pas que par la magie des bénéfices tirés des ventes d’or
de la BNS redistribués aux cantons (1 milliard pour
Vaud). Il a proposé 800 mesures d’économies, dont 700
sont entrées en vigueur. L’effort de tout un collège
gouvernemental, tient à souligner le ministre des
Finances qui a introduit dans les séances du Conseil
d’Etat une sorte de «minute œcuménique», explique-t-il,
pour parler d’argent, de dette, de taux d’intérêt, de
cours du franc suisse,… On aurait tort pourtant de
croire que cet expert-comptable n’est qu’un ministre des
Finances, obsédé par les chiffres noirs. Derrière
ceux-ci, qu’il manie avec une virtuosité presque amusée,
Pascal Broulis aime voir les politiques publiques que
leur maîtrise permet de développer. L’orthodoxie
budgétaire qu’il a instaurée a ainsi permis l’éclosion
du M2 (métro lausannois inauguré il y a un an), cette
infrastructure dont tout le monde se félicite
maintenant, mais dont le financement était compromis à
son arrivée au gouvernement, puis le maintien de
politiques sociales et éducatives nécessaires à la
cohésion et au développement économique du canton (comme
par exemple les allocations familiales pour chaque
enfant) et, enfin, une baisse de la fiscalité de 100
millions de francs en faveur des familles et des
entreprises. Au moment de rappeler son bilan, le
président candidat ne cesse toutefois d’employer le
«nous» et d’évoquer la bonne collaboration instaurée
avec ses collègues. Plus qu’un signe d’humilité, il faut
y voir sa foi dans les vertus de la collégialité et de
la concertation.
L’influence de
Sainte-Croix. Né à Sainte-Croix, dans le
nordouest du canton au tissu industriel et longtemps
sinistré, Pascal Broulis est imprégné d’une culture de
dialogue, de responsabilité et de solidarité,
caractéristique de la région. Eric Hoesli parle des
socialistes du cru comme d’une «gauche exportatrice »,
ouverte sur le monde, soucieuse de l’état des carnets de
commandes, comme le sont les ouvriers d’usine vendant
leurs produits à l’étranger. Fils d’un ouvrier de chez
Hermes Precisa, le radical a fait ses classes dans ce
biotope politique pragmatique, non dogmatique. Son
positionnement centriste, son goût de la synthèse et des
équilibres, sa manière de faire de la politique orientée
vers la solution, détestant l’idéologie ou les coups de
force, viennent de là. «C’est ce que j’apprécie chez
lui, il ne crée pas un pseudo-dialogue pour essayer
d’endormir l’opposition ou noyer le poisson ou gagner du
temps, explique Dominique Freymond, consultant d’origine
vaudoise, établi en Suisse alémanique, et administrateur
de La Poste. Il écoute, se renseigne, prend la
température, mais dans le but ensuite d’agir, de décider
et d’oeuvrer en fonction de ses
convictions.»
Un Levantin.
Consensuel jusqu’à la mollesse? Pascal Broulis peut
aussi piquer une bonne colère, parfois même la feindre,
«faire du théâtre», comme dit un membre de son
entourage, pour imposer ses vues. Récemment, la
Commission de gestion du Grand Conseil s’est plainte de
son «autoritarisme». Un conseiller national romand de
son camp, qui préfère rester anonyme, est plus
catégorique: «C’est un Levantin. Chez lui tout est
négociable.» Apparemment rond et aimable, mais aussi
joueur, habile et, si nécessaire, tueur, comme on le dit
d’un animal politique. Avec ses collègues de
gouvernement, Pascal Broulis pratique donc un savant
mélange de fermeté et de dialogue, l’art de forger un
accord et de s’y tenir. Les fonctionnaires vaudois en
savent quelque chose: malgré les manifestations et des
revendications corporatistes bruyamment relayées, le
Conseil d’Etat a tenu bon sur la révision de leur
échelle salariale. La réforme avait notamment pour but
de revaloriser les petits salaires de la fonction
publique et de remettre de l’ordre dans les avantages
acquis par les plus favorisés.
Un
boulimique de l’intercantonal. Chef du
Département des finances et des relations extérieures,
le radical s’est attaché à développer les contacts
intercantonaux et transfrontaliers. Une vraie boulimie
de la part de ce farouche fédéraliste. L’accord passé
ce printemps avec Genève pour le financement des
infrastructures communes (troisième voie CFF, aéroport…)
n’est que la pointe de l’iceberg. Ou plutôt la pointe
d’une pyramide construite depuis plus de dix ans, comme
le rappelle Dominique Freymond: «A l’époque où j’étais
chancelier de l’Etat de Vaud, Pascal Broulis, député,
m’a beaucoup impressionné par ses initiatives pour créer
des échanges entre parlementaires cantonaux en Suisse
romande. Il a su développer un dialogue intercantonal au
niveau des Grands Conseils (ndlr: le FIR-Forum
interparlemenaire romand, fondé en 1998 avec une
certaine Micheline Calmy-Rey), montrant déjà sa capacité
à rassembler des personnalités d’horizons et d’opinions
différents en vue du bien commun. Une des forces de
Pascal Broulis est de ne pas perdre de vue le but idéal
à atteindre selon ses convictions et valeurs politiques
mais, en même temps, de savoir créer un climat de
dialogue et de collaboration constructive parmi toutes
les parties prenantes.» Actuellement, il préside la
Conférence des directeurs des finances des cantons
romands, de Berne et du Tessin. Il est également le
président du Conseil du Léman et de la Conférence
transjurassienne, deux organismes transfrontaliers qu’il
a dynamisés. Car son appétit de contacts extra-muros ne
s’arrête pas aux conférences intercantonales. Ce
passionné d’architecture a, par exemple, emmené en début
d’année le Conseil d’Etat visiter le campus de Novartis
à Bâle. A la rentrée automnale 2008, le Gouvernement
vaudois est venu siéger à la Maison des cantons à Berne.
Tout un symbole. «C’est un Vaudois qui a prouvé sa
capacité à s’extraire des frontières et pour qui son
canton n’est pas une finalité. Sa candidature est de
grande valeur pour toute la Suisse romande», apprécie le
conseiller d’Etat radical genevois François
Longchamp. «Mentalement, il est prêt à passer à
l’échelon supérieur», résume Olivier Meuwly, historien
du radicalisme, qui occupe aussi un poste dans
l’état-major de son département.
Le coup
des réformateurs. En fait, Pascal Broulis
aimerait rééditer au niveau suisse l’aventure vécue dès
2002 au Gouvernement vaudois, celle d’une équipe de
réformateurs, renouvelée par l’arrivée de nouveaux
élus. Pour quoi faire exactement? Redessiner les
départements, comme le souhaite vivement le Parlement.
Cela implique des ministres disposés à perdre de leurs
prérogatives sur l’autel d’une meilleure efficacité.
Plus simple à réaliser par des conseillers fédéraux
fraîchement arrivés que par des ministres installés de
longue date. Dans le canton de Vaud, la démarche,
appelée «Duplo» et renouvelée à chaque début de
législature et changement de titulaire de département si
nécessaire, a fait ses preuves. Eliminations de
doublons, affectations des ressources ainsi économisées
à de nouvelles tâches plus en phase avec les
besoins.
Un vrai programme de
législature. Pascal Broulis veut aussi
transformer le programme de législature du Conseil
fédéral en un instrument «plus contraignant ». Pour
l’heure, il s’agit d’un lénifiant catalogue de bonnes
intentions et de projets en cours dans les départements
dont les Chambres prennent acte. Le radical propose, sur
le modèle vaudois, de fixer des priorités et
d’accompagner les propositions concrètes d’une
planification financière, d’assurer un reporting
régulier des mesures réalisées ou pas. L’action
gouvernementale y gagne en visibilité et en lisibilité:
«Il faut expliquer ce que l’on a fait ou pourquoi
d’autres choses n’ont pu être réalisées.» Un programme
de législature contraignant est aussi un outil de
collégialité. Négocié et signé par les sept membres, et
pas imposé par la majorité à la minorité, il lie et
solidarise les ministres. Au chapitre des réformes
vaudoises exportables au Palais fédéral, Pascal Broulis
ajoute la présidence confiée par le collège à un seul de
ses membres pour la législature. Une nécessité dictée
par les besoins de politique extérieure. Les
interlocuteurs de la Suisse ne savent parfois pas à qui
parler. Un président permanent du Conseil fédéral (pour
deux ou trois ans, imagine-t-il) pourrait mieux
coordonner et déléguer sans perdre la vision d’ensemble.
Il donne quelques exemples récents où la présidence de
longue durée eût été opportune: dans les relations avec
l’Union européenne; dans l’affaire Kadhafi; dans la
crise de l’UBS; dans les relations avec les cantons.
Politicien par passion et gourmandise de la chose
publique, Pascal Broulis dit qu’il serait à l’aise dans
n’importe quel département. Il conservera ses
compétences de ministre des Finances pour le jour où la
Suisse voudra, devra, moderniser sa fiscalité. Il plaide
la diversité des impôts, une assiette fiscale large,
mais aussi une meilleure prise en compte de la mobilité
croissante des contribuables, donc un recours aux impôts
indirects (là où les gens consomment des prestations).
Ce fédéraliste cite par exemple un système de taux de
TVA additionnels perçus par certains Etats
canadiens.
Le défi des nouvelles
solidarités. Mais il reprendrait le Département
de l’intérieur pour la beauté du défi: reforger les
bases de la solidarité sociale entre les générations. Un
problème qui le captive puisqu’il le vit déjà à
l’échelle cantonale. Lorsqu’il évoque l’augmentation de
l’espérance de vie, il cite le généticien Albert
Jacquard, la perspective de vivre jusqu’à 120 ans.
Comment trouver les moyens? Pascal Broulis veut rouvrir
le débat sur la durée de cotisations nécessaire à
l’octroi d’une rente AVS pleine, une idée naguère
rejetée par le Parlement.
Santé et
richesse. Côté assurance maladie, ce
pragmatique pédagogue rappelle que le secteur de la
santé pèse 60 milliards de francs, c’est plus que le
budget de la Confédération. «On ne baissera pas les
coûts de la santé, mais on peut rationaliser, pas
rationner, préciset-il. Il faut apprécier le secteur de
la santé comme un vecteur économique. Derrière le coût
des EMS, il faut aussi voir les salaires versés, la
création de richesse. Et puis, il faut considérer les
primes d’assurance maladie comme une sorte d‘impôt de
solidarité entre les bien portants et les
malades.» Lorsqu’on lui demande ce qu’il rêve de
faire au niveau fédéral qu’il ne puisse réaliser au
niveau cantonal, Pascal Broulis évoque le soutien aux
hautes écoles, dans la lignée des politiques menées en
la matière par Pascal Couchepin. Le Vaudois a sous les
yeux l’EPFL et l’Unil, deux «vaisseaux amiraux» de la
formation dont il connaît l’extraordinaire dynamisme et
le potentiel de développement. Enfin, cet amoureux de
théâtre qui va chaque année au Festival d’Avignon se
verrait bien en ministre de la Culture. En matière de
politique étrangère, ce ministre participant
régulièrement aux activités de la Fondation Jean Monnet
pour l’Europe, sise à Lausanne, est un Européen de cœur,
convaincu des vertus de l’ouverture. Mais le candidat,
soudain moins courageux, refuse de préciser sa position
au-delà du pieux soutien aux accords bilatéraux. Homme
de l’économie, pas dupe d’attaques mues plus par la
concurrence que par la morale, il relativise l’isolement
de la Suisse mais indique qu’en termes d’image, il y
aura un «gros travail de reconquête à
entreprendre».
Pas d’amis, pas
d’ennemis. Quelles sont ses chances devant
l’Assemblée fédérale? Si les grands électeurs veulent de
la nouveauté, il est le plus rafraîchissant des
candidats, tout en bénéficiant d’une solide expérience
d’éxécutif. Une conseillère nationale
libérale-radicale alémanique le souligne: «Son seul
handicap est son manque de réseau à Berne. Mais cela
peut être aussi un avantage. Pas d’amis. Pas d’ennemis
non plus.» L’influent entrepreneur Otto Ineichen,
conseiller national (PLR/LU) est louangeur: «J’ai une
haute opinion de lui. Un homme de l’économie, de la
banque. Je suis impressionné par le fait qu’il ait
quitté une carrière dans la banque pour faire de la
politique.» On saura exactement le 16 septembre
jusqu’où.
COLLABORATION MICHEL
GUILLAUME
PROFIL
1965 Naissance à Sainte-Croix, le
3 avril. 1983 Première élection au
Conseil communal (législatif). 1987
Election au Grand Conseil, plus jeune député du
canton. 2002 Election au Conseil
d’Etat. 2007 Brillamment réélu, il
est désigné par ses pairs président du Conseil d’Etat
vaudois pour cinq ans.
Mot-clés : Pascal
Broulis, Conseil
fédéral, politique,
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