M.-S. P. | 07.08.2009 | 00:08
LES RAISONS DE SON CHOIX
– Pascal Broulis, pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant
d’annoncer votre candidature?
– L’été est fait pour se ressourcer,
pas pour occuper la scène médiatique. Dès le départ, j’ai expliqué qu’il fallait
du temps pour me forger une opinion. La précipitation n’est jamais bonne
conseillère. La charge suprême m’intéresse, mais je n’en ai jamais fait un but
en soi. Face à une telle opportunité, je tenais vraiment à mûrir ma
réflexion.
– Vous avez hésité jusqu’au dernier moment, quelles sont vos
motivations pour devenir conseiller fédéral?
– Le canton se porte
nettement mieux que lors de mon arrivée au gouvernement en 2002, notamment grâce
au travail de mes collègues. J’ai d’ailleurs tenu à les prévenir en premier de
mon annonce de candidature. Le Conseil d’Etat bénéficie d’une équipe solide,
d’un fonctionnement bien rodé. Je peux envisager de partir pour Berne sans
crainte. Tout au long de ma carrière, je me suis toujours battu pour redonner
ses lettres de noblesse au canton. Vaud, troisième canton de Suisse, mérite
aujourd’hui de retrouver une place au Conseil fédéral.
– Une grande partie de la classe politique vaudoise, et notamment les
socialistes, souhaitait votre candidature. Est-ce que cela a pesé sur votre
décision?
– Forcément, un tel soutien me touche, m’émeut même. Cela
représente surtout une grande responsabilité. Il s’agit d’un formidable
encouragement, même si le parcours s’annonce difficile. Etre le candidat du
canton est une chance inouïe, mais il faut être conscient du risque d’échec.
– Cela rajoute surtout de la pression sur vos épaules. Comment
vivez-vous cette situation d’être vu comme le nouveau Jean-Pascal
Delamuraz?
– Je refuse toute comparaison, la situation politique
n’est pas la même aujourd’hui. Quant à la pression, je suis habitué à vivre
depuis des années avec, comme la plupart des membres d’un exécutif. Je reste
surtout conscient de mes manques dans certains domaines, et je vais tout faire
pour les améliorer.
– Justement, quel est votre niveau d’allemand?
– Je le
comprends assez bien, mais j’ai beaucoup de peine à le parler. Je m’engage à
maîtriser la langue de Goethe d’ici au mois de mars prochain. Du côté de mon
réseau fédéral, je travaille déjà à l’agrandir, à rencontrer des gens. Avec
raison, la Constitution vaudoise interdit à un conseiller d’Etat de cumuler des
mandats. Même si je ne suis pas un candidat parlementaire, je connais cependant
les enjeux nationaux.
SA VISION DE LA POLITIQUE FÉDÉRALE
– En cas d’élection, quelles seront vos priorités de conseiller
fédéral?
– Celles que j’ai toujours eues pour le canton. Je cherche
à trouver des majorités, à créer des équilibres pour faire avancer les dossiers
difficiles. Alors si j’hérite du Département de l’intérieur de Pascal Couchepin,
je tenterai de trouver des consensus pour résoudre les problèmes des assurances
sociales. Je ne pratique pas la politique brutale. Ma politique est celle des
petits pas pour faire avancer les dossiers. Cette méthode a fait ses preuves
pour redresser les finances vaudoises.
– Plus généralement, quels sont les grands enjeux pour la Suisse ces
prochaines années?
– La cohésion sociale. Il faut garantir la
solidarité et ne laisser personne sur le bord de la route. Ce ne sera pas facile
si la crise perdure. Avec le vieillissement de la population, les relations
intergénérationnelles deviennent également une grande source de préoccupations.
Je suis le défenseur d’un radicalisme pragmatique et d’un Etat fort. Il faut
aussi garantir à la Suisse son rôle sur la scène internationale.
– Etre un Européen convaincu ne va-t-il justement pas desservir votre
candidature?
– J’ai toujours soutenu la voie des négociations
bilatérales. Je pense sincèrement qu’il est encore trop tôt pour envisager une
adhésion à l’Union européenne. Nous devons consolider nos relations avec
l’Europe, mais aussi avec les autres pays, comme les Etats-Unis et la Chine.
Avec la crise, je crains l’émergence des nationalismes, comme dans les années
1930. La Suisse doit jouer son rôle sur la scène internationale en continuant à
faciliter les relations entre les peuples.
PRÉSERVER SA VIE PRIVÉE
– Vous êtes un jeune papa. Comment allez-vous concilier Conseil
fédéral et vie de famille?
– Je le fais déjà aujourd’hui, comme
plusieurs de mes autres collègues du Conseil d’Etat. Il faut trouver des
équilibres. Avant d’annoncer ma candidature, j’ai longuement discuté avec mon
épouse. La fonction de conseiller fédéral exige des sacrifices. Je suis prêt à
les faire, mais je refuse en revanche de parler de ma famille.
– Vous avez toujours refusé d’évoquer votre vie privée. Pourtant, un
candidat genevois, Christian Lüscher, est prêt à faire du ski nautique pour
passer dans un journal. Vous allez bien devoir aussi céder aux sirènes de la
«peopolisation» pour faire parler
de vous?
– C’est hors de
question. J’ai clairement du respect pour la fonction de conseiller fédéral.
Elle mérite de la dignité. Jamais vous ne me verrez avec des palmes en train de
faire le clown autour d’une île, ou alors ce sera une photo volée. Les médias
peuvent toujours me critiquer pour avoir cette attitude, mais je tiens
absolument à préserver ma sphère privée. J’accepte les critiques sur mon action,
sur ma vie politique. En revanche, je n’ai pas à exposer ma famille, mes
proches. Je suis certain que les citoyens comprennent cette
attitude.